EN ATTENDANT GODOT de Samuel Beckett

 

Qu'est-ce qu'on fait, maintenant qu'on est content?

- "Les pensées de Pascal jouées par les Fratellini" avait dit Jean Anouilh après avoir vu cette pièce dont la modernité stupéfiante en 1953 devait, par delà les inévitables polémiques, révéler au public le nom de Samuel Beckett et jouer un rôle considérable dans l'attribution à son auteur en 1969 du prix Nobel de littérature.

Pourtant, quand en 1948 Samuel Beckett se pencha sur l'écriture d'En attendant Godot, il ne cherchait qu'à se distraire de l'écriture d'une oeuvre romanesque à laquelle il s'était destiné et qui l'avait épuisé au point que sa compagne et ses amis craignaient pour sa vie;

Il voyait dans l'écriture théâtrale "une merveilleuse diversion libératrice".

- Godot fut écrit en trois mois et devait prendre pour l'auteur une telle importance qu'il s'acharna jusqu'à ce que la pièce fût enfin représentée en 1953 au théâtre de Babylone, mise en scène par Roger Blin.

La pièce qui n'avait à ses débuts qu'une ambition récréative allait devenir une oeuvre clé du théâtre du vingtième siècle.

Aussi, dans cette extraordinaire (peut-être devrions-nous dire ordinaire) indigence, les personnages se trouvent réduits à leur seule sincérité. Ils sont entiers. Et très vite les spectateurs s'associent para-doxalement à ces personnages rivalisant de tares, se reconnaissant dans chacun d'eux, dans sa pauvreté, dans son angoisse, dans son appel au secours, son appel à Godot.

Humains, ils se rendent compte de l'échec de chaque instant, de chaque objet, de chaque sentiment à être plein, minés qu'ils sont par leurs impuissances. Derrière se cache le vide, l'absurde, le néant:

C'est le terrible "Qu'est-ce qu'on fait, maintenant qu'on est content?" qu'Estragon lance à Vladimir auquel celui-ci ne saura trouver de réponse que le consternant: "On attend Godot."

Ce qui touche chez les personnages d'En attendant Godot, c'est que, alors qu'ils semblent démunis de toute ressource, ils ne savent plus qu'être humains, être des êtres humains, peut-être sans le savoir.

C'est pour cet humanisme particulier, omniprésent dans son oeuvre, que Samuel Beckett s'est vu décerner le prix Nobel (1969).

 

Gaël Leveugle.

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